LE CONCEPT AMP :ANTICYCLONE MOBILE
POLAIRE
( cf.
M.
Leroux, 1980, 1986, 1996, 2000
)
A - LES CONCEPTS « CLASSIQUES »
a- Concepts « classiques » et satellites
b- Les « miracles
physiques »
B - LE CONCEPT AMP
a- Origine des AMP
c- Temps associé aux AMP
d- Le modèle AMP de circulation
générale
Un nouveau
concept météorologique est-il vraiment
nécessaire ?
La question
essentielle est de savoir si les conceptions actuelles sont capables de rendre
compte de la réalité météorologique et climatique,
c'est-à-dire capables d'expliquer tout à la fois le temps et le climat,
à toutes les échelles d'espace et de temps (durée).
La réponse est
immédiate : c'est « non », de manière incontestable.
Les concepts « classiques » ne permettent
pas d'expliquer le temps (et par conséquent encore moins de le prévoir de façon
logique) et ne rendent pas compte de la réalité météorologique telle qu'elle
est révélée par l'imagerie satellitale. Leurs insuffisances sont nombreuses,
une synthèse est impossible entre eux et leur juxtaposition conduit à des
contradictions irrémédiables et à de graves incohérences.
Un nouveau concept est donc nécessaire,
et même indispensable, car depuis environ cinquante ans la météorologie,
essentiellement orientée vers la prévision numérique qui prétend "se
passer" de concepts, est dans une véritable impasse conceptuelle et ne progresse plus. Comme l'atteste G. Dady,
ancien Directeur de l'Ecole Nationale de la Météorologie et initiateur en
France de la prévision numérique, qui dénonce "ce blocage intellectuel, universel en météorologie, qui empêche
actuellement la recherche d'évoluer"
(Le Monde, 24 fév. 1995).
a-
Concepts « classiques » et satellites
Les conceptions actuellement en usage méritent d'être
considérées comme traditionnelles,
"classiques", car elles ont été élaborées à la fin du 19ème
siècle et dans la première moitié du 20ème.
Lors de ces périodes, presque
« aveugles », les phénomènes météorologiques n'étaient perçus que de
manière partielle, et par dessous (à partir du sol), mais les hypothèses
proposées par les écoles successives n'ont pas été remises en question par
l'arrivée des satellites. Au moment où apparaissaient les premières images
réelles des phénomènes météorologiques vus dans leur ensemble, les regards
étaient plutôt tournés vers les sorties virtuelles des modèles de prévision
numérique, qui accaparaient toute l'attention, au détriment des observations
directes - et réelles - dont l'apport fut ainsi considérablement sous-utilisé,
voire ignoré !
Ces conceptions traditionnelles
coexistent encore actuellement sans avoir jamais autorisé une synthèse
véritable. Elles ont été maintenues le plus souvent par la routine. Et elles
ont parfois été "tordues",
pour les adapter - malgré tout - (en y ajoutant des "miracles
physiques") à la vision des phénomènes, mais en vain. En fait les idées et
les schémas n'ont pas subi l'épreuve de l'imagerie satellitale, et le satellite
n'a pas joué le rôle de « juge de paix » pour estimer la validité des concepts
proposés avant son apparition.
Un exercice est ainsi indispensable :
celui de demander à chacun des concepts «classiques» d'expliquer l'image Météosat du 28 avril 1986 sur l'Atlantique nord
(photo 1).

Photo 1 : 28 avril 1986,
12 h TU, Météosat 2, visible
• L'école climatologique (fin du
19ème siècle et début du 20ème) peut y voir l'«anticyclone des Açores» … bien
que ce "centre d'action" soit alors situé à une latitude incompatible
avec sa définition initiale, fondée sur des moyennes de pression de surface.
• L'école
norvégienne (1920) peut voir dans les formations nuageuses une illustration
du « front polaire ». Mais il faut alors s'abstenir de souligner la
non-ressemblance avec le modèle classique à
deux fronts, et ne pas remarquer le caractère anticyclonique juxtaposé au
caractère dépressionnaire, ce dernier étant habituellement privilégié, ou
uniquement observé.
• L'école
dynamique (1939) peut y reconnaître la manifestation d'une «onde de
Rossby», en "forçant" le schéma, puisque l'onde est située en
altitude, et parce que cette « onde » est ici fermée au point d'être
remarquablement circulaire.
Mais que deviennent ces perceptions des phénomènes lorsque la
situation est examinée, non plus sur une image arrêtée mais dans sa réalité
vivante ?
Ainsi au cours de la période du 26 avril au 30 mai 1986

26 avril 1986 – METEOSAT – 12 h – VIS

27 avril 1986 – METEOSAT – 12 h – VIS

28 avril 1986 – METEOSAT – 12 h –
VIS
l
29 avril 1986 – METEOSAT – 12 h –
VIS

30 avril 1986 – METEOSAT – 12 h – VIS

Evolution du 27 avril au 1er mai 1986
(jour et heure
d'après Météosat)
- le « centre d'action » dit « des Açores
», cher à la première école, déjà mobile et mal situé se disloque, et ne répond
donc plus à sa définition de "stabilité" fondée sur des moyennes de
pression de surface,
- le front
polaire ,
limite fluctuante, ou plutôt "ondulante" selon la terminologie
consacrée, se fractionne à tel point qu'il ne répond plus à sa définition,
- l'onde
planétaire disparaît comme si ses causes présumées :
relief, rotation de la Terre, insolation différentielle ... cessaient alors
d'exister ...
Aucune
des théories "classiques" ne tient donc au-delà de la première
image arrêtée ...
Les différentes écoles de pensée ont mis
l'accent sur un point particulier, pour l'une il s'agit de définitions fondées
sur des moyennes, pour l'autre des fronts ou de la dépression, pour l'autre
encore des ondes et de la primauté de l'altitude, mais aucune des écoles n'a
apporté de concept indiscutable. Toutes reposent sur des postulats, fragiles, les « miracles physiques » en
totale contradiction avec les processus physiques réels des phénomènes,
qui ne doivent pas être remis en question sous peine de faire effondrer le
fragile château de cartes ... Soulignons ici les insuffisances et les
ambiguïtés majeures :
•
« Champ permanent et champ perturbé ».
Sous l'influence de l'école
climatologique l'habitude a été prise de distinguer des « centres d'action »
étrangement « fixes », anticyclones et dépressions, pérennes ou saisonniers
(semi-permanents).
Le temps et la circulation sont associés
à ces centres d'action, schématiquement selon le credo conventionnel : "le beau temps est associé à
l'anticyclone des Açores, tandis que le mauvais temps est associé à la
dépression d'Islande". La variabilité du temps ne peut alors résulter
que de l'alternance de centres
d'action « fixes » et permanents ... Mais on ne sait pas
pourquoi il y a « gonflement » ou
bien encore « déplacement » de « l'anticyclone » , qui peut selon l'expression
médiatique consacrée "se retirer sur
ses Açores natales". L'autonomie supposée de ce "centre
d'action" assimile alors l'explication du temps à de l'animisme météorologique , puisque « l'anticyclone » semble animé d'une
volonté personnelle, mais capricieuse, car inexpliquée !
Depuis plus d'un siècle se perpétue ainsi
une étrange confusion dans
l'échelle des phénomènes entre l'échelle synoptique (celle du temps réel) et
l'échelle statistique (celle des moyennes).
On en arrive également de façon aberrante
à dissocier le champ permanent et le champ perturbé, comme l'expriment
Rochas et Javelle (1993) : « Le trait
marquant de la circulation générale de l'atmosphère aux latitudes tempérées est
l'existence en moyenne de vents d'ouest sur lesquels se superposent des
perturbations qui arrivent à masquer le caractère dominant de ces vents ». (La
météorologie. La prévision numérique du temps et du climat. Météo-France,
Syros/Alternatives, 1993).
Les perturbations sont ainsi dissociées
du champ de vent, et ne représentent alors que des greffes passagères ! Ce qui
revient à dire que les perturbations n'appartiennent pas à la circulation
générale ! Mais alors comment fonctionne le champ de vent et comment s'explique
sa variabilité à toutes les échelles de temps ?
• Importance accordée à la dépression.
L'école norvégienne (à cause de sa
situation géographique) a mis l'accent sur le caractère dépressionnaire, la
dépression "commandant" l'advection
de l'air froid (ce qui est physiquement inconcevable, puisque de l’air froid
comble immédiatement une dépression). L'origine des dépressions est en outre
particulièrement hypothétique. La dépression « subpolaire » (celle dite
"d'Islande" par exemple) est parfois considérée comme thermique, même
si les pressions les plus basses sont rencontrées en hiver ... en flagrante
contradiction avec l'hypothèse émise !
Mais comment, par quel processus physique
réel, une dépression de basses couches pourrait-elle être "thermique"
lorsqu'elle se situe au-dessus d'une surface océanique (dont le réchauffement
limité est incapable de l’engendrer), et comment pourrait-elle commander une
advection d'air froid, c'est-à-dire anticyclonique en raison de la densité de
l'air froid, advection qui la comblerait immédiatement ?
• Origine dynamique des "centres d'action"
de basses couches.
Selon l'école dynamique le jet d'ouest
d'altitude, par ses ondulations, « construirait » les anticyclones et
dépressions de basses couches : sur la face avant du talweg la divergence
provoquerait l'ascendance et creuserait la dépression, sur la face arrière du
talweg la convergence provoquerait la
subsidence et créerait un anticyclone.
Vraisemblable (en théorie) en ce qui
concerne la dépression (mais non démontrée puisque le problème fondamental
reste toujours d'expliquer la genèse de la dépression), l'explication est gravement incohérente lorsqu'il
s'agit de l'anticyclone. Par quel miracle physique en effet des niveaux de
faible pression (300 hPa à 9 km, soit moins du tiers de la pression de surface)
peuvent-ils "créer" un anticyclone dans les basses couches ? Pour que
ce processus soit démontré (il ferait alors souffler le vent à l'envers par
rapport au gradient de pression ! … et quel gradient ! ), il
exigerait pour compenser l'énorme différence de pression entre l'altitude et les
basses couches des vitesses verticales descendantes considérables, qui ne sont
pas observées.

L’impossible
« couplage » entre la surface et l’altitude (M. Leroux,
2000)
L'anticyclone "résultant" (dans cette hypothèse invraisemblable)
ne pourrait d'ailleurs être que très chaud, en raison de la forte subsidence et
de la compression, et dans ce cas aucune discontinuité de caractère frontal
("front froid") ne cernerait l'anticyclone ("très chaud")
de basses couches ! Or ces anticyclones de basses couches sont froids, de
manière absolue ou relative, en hiver comme en été, sur les continents et/ou
sur les océans. Un telle
accumulation de « miracles » conduit ainsi à des absurdités physiques
difficilement défendables ... mais pourtant très "facilement" admises
...
Soulignons d'ailleurs que dans les
régions polaires il n'y a pas d'onde, et pourtant on y observe constamment
l'alternance de situations anticycloniques (c'est là que naissent les AMP) ou
dépressionnaires (lorsqu'un AMP est éjecté vers les basses latitudes).
Notons aussi que le même principe associé
à la subsidence de l'air est invoqué pour "expliquer" l'origine des
hautes pressions subtropicales ... bien que les "ondes d'ouest"
soient à cette latitude très affaiblies, le sens de la circulation devenant
alors d'est au-dessus des latitudes tropicales.
Les centres d'action résulteraient encore
d'une « simple ondulation de l'air en
place », à l'image d'une « crête de
houle sans que l'eau elle-même se déplace »
(LMD, comm. pers.). Appliqué à la circulation de basses couches ce
concept serait-il capable d'expliquer
une accélération de l'écoulement (telle qu'elle est observée dans les
agglutinations anticycloniques et dans la circulation d'alizé résultante) ...
sans augmentation du volume d'air déplacé ?
Cette
"théorie" de la "crête de houle" renouvelle
assurément la dynamique de l'atmosphère !
• Les échanges méridiens
Comme le mauvais temps les échanges
méridiens seraient encore expliqués par l'altitude (c'est à dire par les
niveaux les moins denses) ... en fonction de la vitesse du jet d'ouest : en été
le jet est lent et il décrit de larges ondulations (low index), en hiver le jet est rapide et il ne décrit que de
faibles ondulations (high index). De
larges ondulations sont considérées comme nécessaires pour favoriser les
échanges méridiens : ces transferts seraient donc plus intenses ... en été de
chaque hémisphère !
L'intensité des échanges serait aussi fonction
de la « barrière » des hautes pressions subtropicales (HPS) : des HPS fortes
seraient accompagnées par peu d'échanges méridiens, des HPS faibles autoriseraient
de forts échanges méridiens. C'est, mais exprimé de manière très différente,
exactement l'inverse
de ce qui est observé à toutes les échelles de temps ! (cf.
M. Leroux, 1993)
Ces insuffisances dans la connaissance
des mécanismes des échanges méridiens expliquent l'absence de schéma cohérent de la circulation générale.
Le schéma "tricellulaire" proposé par Ferrel (1856), rejeté en 1951,
amendé par Palmen et Newton (1969), schéma actuellement en vigueur, est ainsi
incapable d'expliquer les mécanismes de la circulation générale et d'intégrer
les perturbations.
(cf. La
recherche en climatologie
: circulation générale,
et l'AMP
et la "météo" : modèle AMP de circulation générale)
Les insuffisances des concepts «
classiques » sont donc nombreuses, et l'impasse conceptuelle est réelle en
météorologie depuis une cinquantaine d'années.
On peut encore y ajouter, par exemple, l'explication du « blocage » de
l'ondulation d'ouest par un anticyclone
chaud en altitude lors de situations de stabilité anticyclonique, ou
l'absence de relations reconnues, à toutes les échelles de temps : synoptique,
statistique, saisonnière, paléoclimatique, entre les anticyclones et les
dépressions : A et D à l'échelle instantanée (synoptique), A « des Açores » et
D « d'Islande » à l'échelle moyenne (statistique) ...
Il n'y a donc pas de synthèse entre les différents concepts,
qui sont superposés ou juxtaposés, sans passerelles entre eux, chaque concept
possédant sa logique interne, qui ne répond d'ailleurs pas toujours à la
logique elle-même. Mais une synthèse est-elle vraiment possible entre les
différentes conceptions classiques, sachant qu'aucune d'entre elles ne peut
rendre compte des réalités météorologiques à l'échelle globale ?
Les images satellitales et les cartes
synoptiques du champ de pression et de vent mettent très nettement en évidence
l'existence et le déplacement de masses anticycloniques issues des régions
polaires qui se dirigent vers les régions tropicales : les Anticyclones Mobiles Polaires ou AMP (cf . photo ci-dessus du 28
avril 1986)).
Les
AMP (M. Leroux, 1986, 1996, 2000) sont les principaux responsables des
variations : de pression, de direction et de vitesse du vent, de température,
d'humidité, de nébulosité et de pluviosité, directement et de manière évidente
(visible) dans les zones extratropicales, mais indirectement et de manière atténuée
dans les régions tropicales.
Ils
y sont donc (à des degrés divers) responsables de la variation perpétuelle du
temps, comme de la variabilité du climat, à toutes les échelles de durée.
Le déficit thermique dans les hautes
latitudes, permanent mais plus fort en hiver, est responsable du
refroidissement à la base et de l'affaissement de l'air au-dessus des hautes
latitudes : Arctique-Groenland et Antarctique. L'affaissement de l'air refroidi
le solidarise progressivement avec la rotation de la Terre, et lorsque le
volume d'air froid atteint une masse critique, il se détache (comme une goutte
d'eau) et s'éloigne des pôles dans
les basses couches formant une lentille
mobile d'air dense, de 1 500 mètres d'épaisseur moyenne et de 2 000 à 3 000
km de diamètre.
C'est aussi simple que cela, et fondé sur
des principes thermiques élémentaires, mais c'est surtout conforme à la réalité,
ainsi que chacun peut l'observer directement sur les
images satellitales.
La figure ci-dessous, qui est calquée sur
l’image Meteosat du 26 avril 1986 et sur la carte synoptique correspondante,
schématise les champs de pression et de vent associés en surface à un AMP.

L’Anticyclone Mobile Polaire (AMP) : surface et structure verticale
(cf. M. Leroux, , 1986, 1996, 2000)
Un AMP mérite un nom spécifique car il
n'est pas simplement une « coulée » ou une «descente d'air froid», mais une
association mobile d'un
anticyclone (air froid), l'AMP proprement dit qui est le "moteur"
de l'ensemble, d'un couloir
dépressionnaire périphérique et d'une dépression fermée (air chaud) étroitement
associés à l'anticyclone et lui devant leur existence et leurs caractères. Les
notions d'air froid ou d'air chaud ont une valeur absolue ou relative.
L'ensemble A / D se déplace, le
déplacement en masse de l'AMP n'étant
pas confondable avec les directions réelles du vent, d'une part dans l'AMP (de
sens anticyclonique), et d'autre part dans le couloir dépressionnaire ou dans
la dépression (de sens cyclonique), déplacement et vents répondant au principe
: mobilis in mobile.
Au départ la masse d'air en mouvement
bénéficie de la valeur maximale du tourbillon planétaire (proximité de l'axe de rotation de la Terre). Le tourbillon
local diminuant à partir du pôle en direction de l'équateur, le tourbillon
propre de la masse en mouvement est supérieur au tourbillon local : le
déplacement de l'AMP s'effectue alors grossièrement d'ouest en est, avec une
composante méridienne plus ou moins accusée.
L'AMP se déplace dans l'espace plus vite
que la surface de la Terre (mouvement d'ensemble vers l'est). Mais cet avantage
n'est que passager et il s'épuise progressivement. L'excédent de vitesse
relative diminue, jusqu'à se trouver en équilibre avec la vitesse de rotation
(l'AMP est alors immobile), voire à
s'inverser (déplacement de l'AMP vers l'ouest) si d'autres facteurs ne sont pas
intervenus auparavant. Dans le même temps, l'étalement (i.e., divergence et subsidence associée) à l'intérieur de l'AMP,
augmente la surface de frottement et contribue à diminuer la vitesse de
déplacement.
La trajectoire des AMP est donc
commandée :
- Par le dynamisme des AMP, la
trajectoire de direction générale nord-ouest / sud-est dans l'hémisphère nord
avec une composante méridienne plus ou moins marquée, étant plus décalée vers
le Tropique en hiver lorsque la puissance et la vitesse des AMP sont plus
fortes.
- Par le relief, dont l'altitude est
supérieure à 1 000 mètres environ c'est-à-dire proche de l'épaisseur moyenne
des AMP, et notamment par les alignements continus. Le relief canalise la masse
totale ou partielle des AMP, impose les trajectoires et détermine des unités de
circulation de basses couches. Les édifices importants, comme les Rocheuses ou
les Andes, ou comme la ligne de hauteurs qui part de
la Chaîne Pontique jusqu'à l'Himalaya-Tibet canalisent l'ensemble de l'air
transporté par les AMP, provoquent l'agglutination des AMP et forment de vastes
unités de circulation dans lesquelles tous les paramètres climatiques
covarient.
Le ralentissement des AMP, l'interférence
entre les trajectoires et la rencontre avec le relief provoquent
l'emboîtement des AMP, la
réduction et la disparition des couloirs dépressionnaires et des circulations
cycloniques, et la formation d'Agglutinations Anticycloniques (AA). Ces
AA peuvent être « permanentes » comme sur les océans à l'ouest des reliefs,
saisonnières (hivernales), ou occasionnelles et de durées variables.
De ces agglutinations d'AMP, véritables
"zones-tampons" dans lesquelles le sens de rotation anticyclonique
s'impose, sont issues les circulations d'alizés, éventuellement prolongées en
moussons. Les alizés et les
moussons répercutent dans leur écoulement par des accélérations (pulsations)
l'incessante arrivée des AMP dans l'agglutination.
Le temps associé aux AMP dans les
latitudes polaires et tempérées est fonction des densités respectives de l'air
de l'AMP et de l'air environnant.
Tant que l'air de l'AMP est plus froid,
donc plus dense, l'air environnant plus chaud en valeur relative ou absolue est
soulevé, cet air provenant d'un AMP précédent moins froid (déjà
"réchauffé") ou d'un flux tropical plus évolué.
Le soulèvement de l'air environnant est
favorisé :
- par la vitesse de déplacement et par
l'épaisseur de l'AMP, la face avant étant ainsi la plus dynamique,
- et par les qualités de l'air soulevé :
un air chaud ayant naturellement tendance à s'élever, un air humide fournissant
en outre de l'énergie additionnelle (provenant de la libération de la chaleur
latente véhiculée par la vapeur d'eau).
Le couloir périphérique
Le soulèvement provoque un déficit de
pression autour de l'AMP, qui se trouve ainsi cerné par un couloir dépressionnaire
périphérique. Dans ce couloir s'organise une circulation cyclonique, qui dévie
l'air soulevé en direction du pôle.
Plus
l'AMP est puissant, plus l'ascendance est forte, plus la pression périphérique
est creusée, plus l'attraction sur l'air environnant est intense, et en
conséquence plus la déviation de sens cyclonique de l'air environnant en
direction du pôle est intense et rapide.
Plus forte est alors la composante de la
force géostrophique qui, parce qu'elle est fonction de la masse et de la vitesse
de l'air en mouvement, plaque l'air dévié (en s'appliquant dans l'hémisphère
nord sur la gauche du mouvement de sud) sur la face avant de l'AMP. L'intensité de l'ascendance est par
conséquent encore dynamiquement accrue. Un AMP puissant et rapide est ainsi entouré de pressions très creusées
et de fortes ascendances (donc de précipitations abondantes), et d'une intense
circulation cyclonique d'air chaud dévié vers le pôle, l'intensité étant plus
élevée sur la face avant.
La dépression fermée (cyclone)
Dès que l'air dévié vers le nord a
dépassé l'AMP, la vorticité (tourbillon) jusqu'alors contenue par la face avant
de l'AMP peut alors s'exprimer librement. Au nord de l'AMP (hémisphère nord)
une dépression fermée (cyclone) peut alors se creuser.
Le creusement de cette dépression fermée
dépend encore du volume, de la vitesse, et de la richesse énergétique de l'air
dévié cyclonique, c'est-à-dire de la puissance de l'AMP qui organise cette
circulation.
La vorticité dépendant de la latitude la face polaire de
la dépression est plus active, la force géostrophique contribue alors avec
l'intensité du flux dévié à éloigner progressivement la dépression de l'AMP
générateur. Ainsi plus un AMP est puissant, plus
le cyclone associé est creusé, et plus vite ce cyclone s'éloigne de l'AMP en cours de
déplacement. L'AMP se déplace généralement vers le sud-est, tandis que la
dépression associée se déplace vers le nord-est (dans l'hémisphère nord).
Le déplacement vers le Tropique affaiblit
l'AMP (réchauffement, divergence), mais en même temps met sa face avant en
contact avec un air environnant plus chaud, et plus humide si le contact se
produit sur l'océan : la richesse énergétique du flux dévié est ainsi accrue.
Il faut souligner que c'est en hiver que
les AMP sont les plus puissants et que leurs trajectoires sont les plus
méridiennes, et qu'ainsi l'intensité des échanges méridiens est plus grande,
les transferts d'énergie et notamment de chaleur sensible et latente
subtropicale voire tropicale sont alors les plus intenses. Par conséquent les
couloirs dépressionnaires périphériques et les dépressions fermées (cyclones)
sont les plus creusés, le temps est donc plus "mauvais" et les
tempêtes sont alors plus fréquentes.
Ces conditions d'affrontement, brièvement
rappelées, sont fonction des saisons et des conditions géographiques locales.
Elle changent aussi constamment tout
au long d'une trajectoire, tel AMP peut en début de trajectoire provoquer
d'intenses soulèvements, puis après évolution il peut à son tour alimenter (au
moins par sa face arrière "réchauffée") les ascendances provoquées
par un AMP plus puissant et/ou plus récent. L'air véhiculé par un AMP peut
ainsi, soit être dispersé partiellement, soit totalement, et alimenter une
circulation cyclonique d'air "chaud", soit être intégré dans un autre
AMP de densité (i.e. de température)
équivalente, soit être renforcé par l'arrivée d'un autre AMP (agglutination
anticyclonique de puissance et de durée variables).
Ces
conditions sont extrêmement changeantes, et même si les processus du temps sont
toujours identiques, les temps associés à la dynamique AMP sont toujours
différents.
L'AMP commande aussi bien le
"mauvais temps" que le "beau temps".
- Sur son pourtour « chaud » et dans la dépression fermée
domine l'instabilité (basse pression et vent souvent violent) et
l'ascendance se traduit par des formations nuageuses et des précipitations
(pluie ou neige selon la saison). Après le passage du « front » qui ourle l'AMP
le vent change de direction.
- Dans l'AMP « froid » la stabilité anticyclonique
(notamment au centre où règne le calme) se traduit par l'absence de pluie, du
brouillard (givrant en hiver), et une insolation plus ou moins forte (en
fonction de la densité des formations nuageuses stratifiées qui recouvrent
l'anticyclone).
Il
faut souligner que le concept AMP bouleverse très sérieusement la notion de «
front polaire » telle qu'elle est communément admise depuis 80 ans.
• Non sur le principe
physique général : des surfaces d'affrontement entre masses d'air de
densités différentes sont constamment observées.
• Mais il ne s'agit pas nécessairement
d'un affrontement entre air polaire et air tropical le long d'une discontinuité ininterrompue. Il n'y a
pas de masses d'air caractéristiques (arctique, polaire, tropical, maritime ou
continental), mais des "masses d'air mobiles" (flux) en constante
évolution du froid vers le chaud, et/ou du sec vers l'humide, et inversement.
• La surface d'affrontement n'est pas
continue et en particulier elle "n'ondule pas", sauf dans
l'imagination « comme un simple rideau
pris dans un courant d'air », tandis qu'aucun front (arctique, polaire, méditerranéen ...) ne s'installe en permanence ou saisonnièrement, en quelque endroit que
ce soit, puisque tout est mobile.
• Chaque AMP (tant qu'il bénéficie de
l'avantage de la densité) organise autour de lui une surface d'affrontement
(front froid uniquement) sur une épaisseur de l'ordre de 1 500 mètres (et non
jusqu'à la tropopause comme sur les schémas « classiques »), les formations
nuageuses se développant nettement plus haut que l'AMP lorsque les ascendances
sont intenses.
• Le front périphérique et le cyclone dont la naissance est due à
l'AMP, se déplacent avec lui, évoluent en fonction de l'évolution de l'AMP,
puis s'atténuent et disparaissent lorsque l'AMP perd sa puissance, sa cohérence
ou son autonomie en s'intégrant dans un autre AMP ou dans une agglutination
anticyclonique.
d-
Le modèle AMP de circulation générale
Tel est dans ses grandes lignes le
concept AMP. Les AMP
transportent l'air froid des pôles vers les Tropiques et, c'est fondamental,
provoquent le retour de l'air chaud vers les pôles.
Le concept AMP qui individualise le
"moteur" polaire du temps, notamment dans les régions tempérées et
polaires, "moteur" associé à l'intensité du déficit thermique des
hautes latitudes, débouche ainsi sur un modèle de circulation générale de la
troposphère.
(cf. La
recherche en climatologie : circulation générale,
et l'AMP
et la "météo" : modèle AMP de circulation générale
et « plagiat
par Météo-France du modèle AMP »)
Ce modèle AMP de circulation générale est
applicable à toutes les échelles d'espace et de temps, de l'échelle synoptique,
à l’échelle saisonnière (ci-dessous) jusqu’à l'échelle paléoclimatique et (en
association avec la dynamique de la glace) il explique les variations
d'intensité de la circulation générale commandée par le déficit thermique
polaire.

Circulation générale de la troposphère : schémas saisonniers
Deux modes de circulation peuvent être
ainsi déterminés
•
Un mode de circulation
lente aux
échanges méridiens d'air et d'énergie ralentis, circulation associée à un
déficit thermique polaire atténué, correspond toutes proportions gardées en ce
qui concerne les échelles d'espace et d'intensité :
- à l'échelle synoptique à
un AMP peu puissant,
-
à l'échelle saisonnière à l'hémisphère en été,
- et/ou à plus long terme jusqu'à l'échelle paléoclimatique aux deux
hémisphères en période globale chaude (interglaciaire).
• Un mode de circulation rapide
aux échanges méridiens d'air et d'énergie accélérés, circulation associée à un
déficit thermique polaire renforcé, correspond toutes proportions gardées en ce
qui concerne les échelles d'espace et d'intensité :
-
à l'échelle synoptique à un AMP puissant,
-
à
l'échelle saisonnière à l'hémisphère en hiver,
-
-
et/ou
à plus long terme jusqu'à l'échelle paléoclimatique aux deux hémisphères en
période globale froide (glaciaire).

Modes de circulation générale de la troposphère
(M. Leroux,
1993, 1996, 2000)